1 - 7 Les premiers disciples à Éphèse
1 Il arriva, comme Apollos était à Corinthe, que Paul, après avoir traversé l’arrière-pays, vint à Éphèse. Et ayant trouvé quelques disciples, 2 il leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? Ils lui [répondirent] : Mais nous n’avons même pas entendu dire que l’Esprit Saint soit venu ! 3 Il leur dit alors : De quel [baptême] avez-vous donc été baptisés ? Ils dirent : Du baptême de Jean. 4 Paul reprit : Jean a baptisé du baptême de la repentance, en invitant le peuple à croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. 5 Ayant écouté, ils furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; 6 après que Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux : ils se mirent à parler en langues et à prophétiser. 7 Or ils étaient en tout environ douze hommes.
Après l’intermède concernant Apollos, Luc poursuit en décrivant le troisième voyage missionnaire entrepris par Paul dans Actes 18 (Act 18:23). Apollos exerce son ministère à Corinthe, séparé de l’apôtre Paul, mais parfaitement conforme à l’enseignement qu’il a reçu par l’intermédiaire d’Aquilas et de Priscilla. Alors qu’Apollos est à Corinthe et qu’il y apporte, par grâce, un grand soutien aux croyants (Act 18:27), Paul part accomplir sa promesse en se rendant à Éphèse (Act 18:21). Il atteint Éphèse en passant par « l’arrière-pays », c’est-à-dire par la Galatie et la Phrygie (Act 18:23).
Éphèse était réputée pour son occultisme et sa magie. Paul entre ici dans une forteresse de Satan. Les versets 1-20 évoquent abondamment l’Esprit Saint et les esprits, mais aussi le Seigneur Jésus, le Vainqueur de toutes les puissances du mal.
Luc commence par décrire un événement remarquable. Paul trouve « quelques disciples » à Éphèse. Il lui apparaît clairement qu’il s’agit de croyants, mais pas de chrétiens. Il s’agit peut-être de disciples d’Apollos, avant qu’il n’ait reçu un enseignement plus approfondi.
Pour déterminer leur position spirituelle, Paul leur pose quelques questions. La première concerne l’Esprit Saint. Il leur demande s’ils ont effectivement reçu l’Esprit Saint après avoir cru. La façon dont Paul en arrive à cette question n’est pas précisée. Il leur aura certainement parlé du Seigneur Jésus et de tout ce qui Lui est arrivé. D’après leurs réponses, il aura conclu qu’il leur manque probablement l’inhabitation de l’Esprit Saint.
Leur réponse confirme cette conclusion. Ces disciples ignorent la présence de l’Esprit Saint sur la terre. Ils croient à l’existence de l’Esprit Saint. Ils savent, d’après les Écritures, que Dieu répandrait son Esprit (Ésa 44:3 ; Jl 3:1). Ils croient que l’Esprit Saint a toujours été là, mais ils ne savent pas qu’Il est venu habiter sur la terre depuis le jour de la Pentecôte, à la suite de la glorification du Seigneur Jésus (Jn 7:39).
Parce qu’ils n’ont pas reçu l’Esprit, ils ne sont pas non plus chrétiens (Rom 8:9). Ils croient, mais ne sont pas encore scellés du Saint Esprit. Une personne reçoit le Saint Esprit lorsqu’elle a cru à l’évangile de son salut (Éph 1:13). L’évangile du salut signifie qu’une personne croit que Christ est mort pour ses péchés, selon les Écritures, qu’Il a été enseveli et qu’Il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures (1Cor 15:3-4). Cet évangile du salut n’a pas encore été prêché à ces disciples et ils n’ont donc pas pu y croire (Rom 10:14). Ils sont dans la condition des croyants de l’Ancien Testament, une condition que l’on rencontre aussi dans certaines parties de la chrétienté aujourd’hui.
Maintenant que Paul sait qu’ils n’ont pas reçu l’Esprit Saint, il pose une nouvelle question. Celle-ci concerne le baptême. Il ne leur demande pas s’ils ont été baptisés, mais de quel baptême ils ont été baptisés. Leur réponse montre à quel stade spirituel ils se trouvent. Ils en sont au même point qu’Apollos lorsqu’il est venu à Éphèse (Act 18:25). Ils ont entendu le message tel que Jean le Baptiseur l’a prêché et ils se sont convertis. C’est là que Paul peut intervenir. Lorsqu’il voit clairement où ils se sont arrêtés dans leur développement spirituel, il leur annonce le plein évangile, car il leur manque. Il leur dit que « Jésus » est Celui auquel Jean faisait référence, et qu’il peut leur révéler qu’Il est venu.
Nous voyons ici l’énorme distinction entre la foi dans le Messie Jésus selon la perspective de l’Ancien Testament et la foi en Lui en tant que Jésus Christ venu, maintenant glorifié. La différence réside dans l’œuvre accomplie sur le Calvaire et la venue du Saint Esprit. Ces disciples ont cru à l’appel de Jean de croire en Celui qui viendrait après lui. Ils l’ont fait, mais cela s’arrête là. Ils n’ont pas reçu d’autres annonces concernant le rejet, la mort, la résurrection et l’ascension du Messie, ni le fait qu’Il a envoyé le Saint Esprit du ciel.
Lorsqu’ils entendent l’évangile complet de Paul, ils acceptent le Seigneur Jésus comme le Christ venu, mort, ressuscité et glorifié. Ils sont alors baptisés au nom du Seigneur Jésus. Par conséquent, ils sont unis à un Christ qui est mort. Ils sont à nouveau baptisés, mais le baptême qu’ils reçoivent maintenant est complètement différent. Ils sont baptisés au nom du Seigneur Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont unis au Seigneur Jésus, qui a été fait et Seigneur et Christ par Dieu (Act 2:36). En se faisant baptiser, ils expriment qu’ils ne veulent plus vivre pour eux-mêmes. Ils ont été baptisés à sa mort et ensevelis symboliquement avec Lui dans le tombeau d’eau (Rom 6:3-4). Désormais, ils Le reconnaissent comme Seigneur de leur vie, veulent Le suivre et vivre selon sa volonté.
Après leur baptême, Paul leur impose les mains. Il s’identifie à eux par ce geste. Il les reconnaît ainsi comme des chrétiens comme lui. Sur cela, Dieu appose son sceau en leur donnant l’Esprit Saint. L’Esprit Saint ne vient pas sur eux grâce à l’imposition des mains de Paul, mais il la suit. Chez Pierre et Jean, l’imposition des mains n’est pas non plus le moyen par lequel l’Esprit Saint est venu, mais la preuve de l’unité entre la Samarie et Jérusalem (Act 8:14-17). Ce signe d’unité exprimé par l’imposition des mains est ratifié par Dieu en donnant le Saint Esprit.
Le déroulement des événements avec les « environ douze hommes » est unique. Il s’explique par la position intermédiaire particulière qu’occupait ce petit groupe. Ici, par l’autorité apostolique, ces croyants qui étaient encore sur la base de l’Ancien Testament devaient devenir des chrétiens du Nouveau Testament à proprement parler. La particularité de cet événement est soulignée par le parler en langues et le prophétiser comme nous l’avons vu le jour de la Pentecôte à Jérusalem (Act 2:4,17). Le signe du parler en langues souligne qu’il s’agit de quelque chose d’entièrement nouveau qui dépasse l’Ancien Testament et la foi qui lui est associée. C’est en même temps la dernière mention du parler en langues dans ce livre de la Bible.
8 - 10 La synagogue et l’école de Tyrannus
8 Paul entra dans la synagogue et parla avec hardiesse ; pendant trois mois, il s’entretint avec eux, les persuadant de ce qui concerne le royaume de Dieu. 9 Mais comme certains s’endurcissaient et refusaient de croire, disant du mal de la Voie devant la multitude, il se retira d’eux et mit à part les disciples, prenant la parole chaque jour dans l’école de Tyrannus. 10 Cela continua pendant deux ans, si bien que tous ceux qui habitaient en Asie entendirent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs.
Après sa rencontre avec ce groupe particulier de disciples, Paul se rend à la synagogue d’Éphèse. Là, il parle, argumente et persuade les gens au sujet des choses du royaume de Dieu, car il est présent sur la terre, bien que dans le mystère. Son sujet n’est pas principalement l’église. Il ne prêche pas l’évangile du royaume. Celui-ci a été prêché par Jean le Baptiseur (Mt 3:2) puis par le Seigneur Jésus (Mt 4:23), car il concerne le règne ouvert du Seigneur Jésus. Comme le Seigneur Jésus a été rejeté, la forme publique du royaume de Dieu a été reportée.
Dans un autre sens, le royaume de Dieu fait l’objet d’une prédication aujourd’hui, non pas comme imminent, mais comme présent. En effet, les choses du royaume de Dieu sont toutes liées à l’autorité de Celui qui gouverne le royaume, c’est-à-dire le Seigneur Jésus. Bien qu’Il ne soit pas visiblement présent en tant que roi sur la terre, Il est déjà là et agit dans le cœur des croyants. L’enseignement sur le royaume de Dieu est donc d’une grande importance, car il concerne la condition de disciple de tous ceux qui Le reconnaissent comme leur Seigneur.
Ce message rencontre une résistance croissante chez certains Juifs, qui se manifeste par l’endurcissement, la désobéissance et le fait de dire du mal de « la Voie » devant la multitude. La « Voie » est la nouvelle doctrine, la nouvelle orientation de la foi que nous appelons le christianisme. Elle fait face à l’opposition des Juifs, ce qui conduit à séparer les vrais disciples de cette Voie des Juifs. Une rupture avec les Juifs s’opère.
Paul transfère son lieu d’enseignement de la synagogue à l’école de Tyrannus. Ce changement est aussi symbolique de la nouvelle réalité qui se forme : l’église. Nous voyons ici comment l’église devient une compagnie distincte, séparée des nations et des Juifs. C’est une nouvelle compagnie composée de non-Juifs et de Juifs qui, ensemble, forment l’église. Cela fait de l’église d’Éphèse le prototype de l’église. Il n’existe aucune lettre dans laquelle Paul explique aussi clairement ce qu’est l’église que celle adressée à l’église à Éphèse. De plus, les « disciples » sont mentionnés ici, ce qui montre que les caractéristiques du royaume sont aussi présentes dans cette compagnie.
L’église et le royaume appartiennent tous deux à la sphère d’autorité du Seigneur Jésus. Cette sphère s’étend grâce à l’enseignement quotidien de Paul, non plus dans la synagogue, mais dans l’école de Tyrannus. ‘Tyrannus’ dérive de ‘tyran’. Un tyran est quelqu’un qui exerce son pouvoir sur les autres sans compassion. Dans cette école, où Satan exerce son pouvoir de tyran, la puissance du Seigneur est désormais déployée contre celle de Satan.
Paul a enseigné en profondeur aux disciples les principes du royaume de Dieu. Il a travaillé et enseigné à Éphèse plus longtemps qu’à Corinthe, et il l’a fait chaque jour. Cela montre aussi l’importance de l’église d’Éphèse.
Les disciples ont non seulement reçu des enseignements, mais ils ont aussi répandu la Parole en Asie. Tous les habitants de l’Asie ont entendu la parole du Seigneur. Tous les peuples ont entendu la Parole concernant Celui qui a autorité sur le royaume. Cette diffusion a été réalisée non seulement par Paul, mais aussi par les disciples. L’enseignement conduit à l’action. La mise à part des disciples dans l’école de Tyrannus ne signifiait pas l’isolement. Paul enseigne séparément, mais le témoignage s’adresse à tous les Juifs et à tous les Grecs.
11 - 17 Les miracles de Dieu et la contrefaçon démoniaque
11 Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, 12 au point même qu’on portait sur les infirmes des mouchoirs et des tabliers qui avaient touché son corps : les maladies les quittaient et les esprits malins sortaient. 13 Certains Juifs, exorcistes itinérants, essayèrent aussi d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins, en disant : Je vous adjure par Jésus que Paul prêche. 14 Sept fils de Scéva, Juif, principal sacrificateur, pratiquaient cela. 15 Mais l’esprit malin leur répondit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? 16 L’homme en qui était l’esprit malin s’élança sur eux, maîtrisa les deux et les malmena si fort qu’ils s’enfuirent de cette maison, nus et blessés. 17 Le fait fut connu de tous ceux qui demeuraient à Éphèse, Juifs et Grecs : ils furent tous saisis de crainte, et le nom du Seigneur Jésus était magnifié.
Dieu met en avant la prédication et l’enseignement de Paul en accomplissant des miracles extraordinaires par ses mains. Ce qui se passe rappelle les pouvoirs du paganisme. Il semble que toutes sortes de matériaux semblent recevoir un effet magique. Cependant, dans ce que fait Paul, rien de diabolique n’est présent : c’est Dieu qui est à l’origine de ces miracles. Ce ne sont pas les mouchoirs et les tabliers de Paul qui produisent la guérison, ni le matériel, mais Dieu le. Dieu manifeste sa puissance de façon extraordinaire dans le domaine même où le diable se croit seigneur et maître. C’est un signal pour lui, et pour tous ceux qui l’honorent, que tout pouvoir repose sur Dieu.
Dieu utilise les mains et les objets de l’apôtre Paul pour déployer sa puissance. Chez Pierre aussi, nous avons vu une manifestation particulière de la puissance de Dieu (Act 5:15). Ce sont « les signes d’un apôtre » (2Cor 12:12). Aujourd’hui, nous n’avons plus d’apôtres, et avec eux cette manifestation de pouvoirs et de miracles a disparu. Ce ne sont pas non plus des choses accomplies par tous les croyants à l’époque. En dehors des apôtres, seuls Philippe et Étienne sont mentionnés comme ayant accompli des miracles et des signes.
Nous lisons que d’autres le voulaient aussi, mais ils ont été démasqués comme imposteurs, comme ouvriers d’iniquité. Nous avons vu cela avec Simon le magicien (Act 8:18-24) et nous le voyons ici dans la suite de l’histoire.
Remarque générale : Le Seigneur nous rend capables, par la foi, d’accomplir l’œuvre de Dieu et de vaincre le pouvoir de Satan. Les conditions sont la prière et le jeûne, ainsi que la foi et un esprit de pardon (Mc 9:29 ; 11:22-25). Les conditions à remplir montrent en même temps la grande distance qui nous sépare du Seigneur Jésus. Pour le Seigneur Jésus, tout exercice de pouvoir était et reste un déploiement de sa propre majesté.
Le pouvoir de Satan cherche à s’associer à l’œuvre de Dieu et à s’infiltrer dans le royaume de Dieu pour en contrarier les progrès. Cela correspond à ce que l’esprit de divination voulait faire lors de la prédication de Paul à Philippes (Act 16:16) et à ce que faisaient les magiciens en Égypte, qui imitaient les miracles de Moïse (Exo 7:10-11). Ici, Satan utilise certains exorcistes juifs itinérants.
Dieu, dans sa grâce, a donné à certains de son peuple le pouvoir de chasser les démons (Mc 6:7 ; 9:38 ; Lc 10:17). Cependant, il y a aussi des Juifs qui prétendent exercer ce pouvoir, comme les fils des pharisiens, c’est-à-dire les disciples des pharisiens (Mt 12:27). Parmi ces prétendants, on trouve aussi sept fils d’un certain Scéva, un des principaux sacrificateurs juifs. Ce Scéva n’a pas élevé ses fils dans la crainte de Dieu, mais les a au contraire initiés aux pratiques obscures du pouvoir de Satan.
Tous les sept sont partis exercer leurs arts occultes partout où ils le pouvaient. Au cours de leur itinérance, ils sont venus à Éphèse. Remarquant que Paul y avait réussi à utiliser le nom de ‘Jésus’, ils invoquent aussi le nom pour tenter de chasser les esprits malins. Ils utilisent le nom « Jésus » – sans ajouter ‘Seigneur’ – comme une formule magique, un mot magique. Mais seule la foi en ce que son nom implique donne du pouvoir, et non le mot en tant que lettres mortes.
Ils font appel au « Jésus que Paul prêche », ce qui montre immédiatement qu’ils n’ont aucun lien personnel avec le Seigneur Jésus. Ils utilisent son nom sans avoir une foi personnelle en Lui, mais uniquement en raison de ce que ce nom produit sur les autres. Malheureusement, c’est aussi à cela que ressemble la vie de foi de nombreux chrétiens Il y a une certaine profession de foi, mais les gens ne vivent pas en accord avec elle (cf. 2Tim 3:5).
Le fait que l’esprit malin ne soit pas impressionné par ces personnes ressort clairement de sa réponse et de l’acte qui s’ensuit. Il connaît Jésus et sait qui est Paul. Sa connaissance est factuelle, sans aucune connexion intérieure. Le diable croit (Jac 2:19) et possède une connaissance parce qu’il sait qu’il a affaire à des personnes divines indéniables, mais il ne se soumet pas. Envers ceux qui sont sous son pouvoir, il manifeste un profond mépris, tout comme il voue une haine profonde au Seigneur Jésus et à ceux qui Le suivent fidèlement. Nous voyons ici le mépris de Satan pour ses esclaves, qu’il chasse comme des aides incompétents, les humiliant spirituellement et les blessant physiquement.
Ce qui était une ruse de Satan a pour résultat ultime que tous ceux qui vivent à Éphèse sont saisis de crainte, aussi bien les Juifs que les Grecs, et que le nom du Seigneur Jésus est magnifié. Cela ne signifie pas qu’ils crurent tous, mais Luc mentionne le témoignage qui découle de cet événement. Ainsi, les efforts de Satan pour contrecarrer l’œuvre de Dieu sont utilisés par Dieu pour rendre le témoignage de son évangile d’autant plus emphatique.
18 - 20 L’effet de la parole du Seigneur
18 Beaucoup de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait. 19 Un bon nombre aussi de ceux qui s’étaient adonnés à des pratiques occultes apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tous ; on en estima la valeur et on trouva [qu’elle se montait] à 50000 pièces d’argent. 20 C’est avec une telle puissance que la parole du Seigneur croissait et montrait sa force.
Le témoignage a également pour effet que beaucoup croient. Chez tous ceux qui croient, le pouvoir de Satan est brisé et son territoire est conquis. Il y a une percée dans cette ville démoniaque. La conversion à Dieu et la foi dans le Seigneur Jésus sont authentiques. Nous le constatons lorsqu’ils viennent confesser et révéler leurs actes.
Ceux qui se repentent et croient n’imaginent plus rien. Toute suffisance et tout ce qui les a tenus captifs sont confessés comme péché. Parmi les croyants, il y en a beaucoup qui s’étaient adonnés à des pratiques occultes. Ils avaient appris ces activités dans des livres. Ils ont rassemblé ces livres et les ont brûlés. Ainsi, personne d’autre ne peut être victime de ces ouvrages.
Ce n’est qu’après avoir brûlé les livres qu’ils en calculent la valeur. S’ils l’avaient fait avant, ils auraient peut-être encore hésité. Ainsi, une fortune est partie en fumée. Une pièce d’argent est probablement comparable à une drachme ou à un denier. Un denier était le salaire d’un journalier à l’époque des Évangiles (Mt 20:2). Le salaire journalier minimum brut d’une personne âgée de 23 ans ou plus au moment où ces lignes sont écrites (2008) est de 61,62 €. Cela représente un peu plus de 50,00 € nets. Supposons 50,00 € pour simplifier. Le montant parti en fumée correspond alors à 50 000 × 50,00 € = 2 500 000,00 € convertis en valeur actuelle. Heureusement, il existe aujourd’hui aussi des croyants qui montrent que leur conversion est authentique en brûlant ou en détruisant la musique, les films et les jeux démoniaques qui définissaient leur vie avant leur conversion.
Le mal doit faire place à la Parole, appelée ici « la parole du Seigneur ». Par ailleurs, avec le verset 20, Luc indique à nouveau une transition entre deux sections, comme nous l’avons déjà rencontré (Act 6:7 ; 12:24 ; 16:5).
21 - 22 Jérusalem et Rome
21 Après tous ces événements, Paul se proposa dans son esprit de passer par la Macédoine et par l’Achaïe et d’aller à Jérusalem. Il disait : Après y être allé, il faut aussi que je voie Rome. 22 Il envoya en Macédoine deux de ceux qui l’assistaient, Timothée et Éraste, mais demeura lui-même quelque temps en Asie.
Puis vient le moment où Paul prend congé à Éphèse. Son dessein est tout autre : Jérusalem l’occupe beaucoup. Il aimerait assister à la fête de la Pentecôte (Act 20:16). En fait, il pense déjà plus loin. Après être allé à Jérusalem, il veut aussi voir Rome. Il y arrivera, mais d’une manière différente de ce qu’il imagine, c’est-à-dire en tant que prisonnier. Son voyage vers Rome commence ici. À la fin de ce livre, il s’y trouve, en tant que prisonnier. Jérusalem et Rome sont les deux lieux entre lesquels se déroule ce livre. Il désire apporter la Parole au cœur du monde païen, comme il l’a apportée au cœur du monde religieux.
Il veut aller à Jérusalem parce qu’il éprouve un amour brûlant pour son peuple. Il envoie à l’avance deux de l, tandis qu’il demeure lui-même en Asie pendant quelque temps. De ces deux personnes, nous connaissons Timothée. L’autre, Éraste, nous est inconnu. Éraste, comme Timothée, aura reçu l’enseignement de l’apôtre. Ensemble, ils se rendent en Macédoine, probablement à Corinthe, où, en tant que ses représentants, ils peuvent transmettre l’enseignement reçu de l’apôtre. Il est possible qu’ils aient emporté avec eux la première lettre aux Corinthiens écrite par Paul à cette époque.
23 - 32 Démétrius déclenche une émeute
23 C’est à cette époque-là que se produisit un grand trouble au sujet de la Voie : 24 un homme nommé Démétrius, orfèvre qui faisait des temples d’Artémis en argent, procurait un grand profit aux artisans ; 25 il les réunit, avec ceux qui travaillaient à des ouvrages semblables, et leur dit : Hommes, vous savez que notre aisance provient de ce travail ; 26 vous constatez et vous entendez dire que non seulement à Éphèse, mais à travers presque toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, en disant qu’ils ne sont pas des dieux, ceux qui sont faits de main. 27 Non seulement il y a du danger pour nous que cette activité tombe en discrédit, mais aussi que le temple de la grande déesse Artémis soit tenu pour rien, et qu’enfin sa majesté, qui est révérée à travers l’Asie entière et la terre habitée, soit anéantie. 28 À ces mots, ils furent remplis de colère et se mirent à crier : Grande est l’Artémis des Éphésiens ! 29 Alors [toute] la ville fut remplie de confusion ; d’un commun accord, ils se précipitèrent dans le théâtre, entraînant avec eux Gaïus et Aristarque, Macédoniens, compagnons de voyage de Paul. 30 Comme Paul voulait se présenter devant le peuple, les disciples ne le lui permirent pas ; 31 même certains Asiarques de ses amis le firent prier de ne pas s’aventurer dans le théâtre. 32 Les uns donc criaient une chose, les autres une autre ; car l’assemblée était en pleine confusion, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient réunis.
Alors que Paul se prépare pour son voyage en Macédoine, un grand trouble survient à Éphèse. Comme à Philippes, ce trouble n’est pas d’origine juive, mais païenne. Luc en décrit le déroulement en détail. Il le fait peut-être pour montrer qu’en plus d’un besoin intérieur d’aller à Jérusalem, c’est-à-dire de quitter Éphèse, il existe aussi un élément déclencheur extérieur. Le trouble naît au sujet de la « Voie ». Par la Voie, on entend la foi chrétienne propagée par ceux qui croient au Seigneur Jésus. Cette propagation de la foi ne consiste pas tant en paroles qu’en actes, en marchant sur la Voie de la foi.
Le fait de suivre constamment le Seigneur Jésus a complètement transformé la vie de nombreux habitants d’Éphèse. Démétrius le constate dans son porte-monnaie. À cause des nombreuses conversions, ses affaires ne fonctionnent plus aussi bien. La demande pour ses temples en argent chute de façon spectaculaire. Cela manifeste la haine de l’évangile profondément ancrée en lui. Tout le système grâce auquel il a fait fortune vacille, et avec lui le prestige que lui confère son métier.
Les temples qu’il fabrique sont dédiés à Artémis, la déesse de la chasse. Cette déesse mère est la grande antithèse du Dieu Père de la Bible. Nous voyons ici le contraste entre la Voie du christianisme et le paganisme. Derrière les idoles se cachent des puissances démoniaques. Derrière l’idolâtrie se cache aussi le dieu Mammon, le dieu de l’argent. Pour Démétrius, argent et religion vont de pair.
Quand il voit ses bénéfices diminuer, il présente le ralentissement économique comme une affaire qui touche tout le monde dans l’entreprise, y compris les sous-traitants. Les peuples du monde ne peuvent pas être frappés plus durement que d’être privés de richesses et du luxe qui y est associé. Lorsque cela se produit, la révolte s’ensuit. Démétrius désigne Paul comme coupable d’avoir osé affirmer que leurs dieux ne sont pas des dieux.
Par conséquent, les temples ne sont pas de simples souvenirs, mais des articles ayant une signification religieuse. Le message de Paul y met fin. Sans en être conscient, Démétrius reconnaît la puissance de l’évangile dans ce qu’il entend comme un réquisitoire. L’évangile a dû être accepté par beaucoup si Démétrius peut dire que l’industrie est menacée – bien qu’il l’ait peut-être exagéré – parce que ses images ne sont plus aussi massivement populaires.
Il évoque ensuite habilement le déclin de l’hommage rendu à « la grande déesse Artémis ». Ce faisant, il déplace l’attaque du terrain économique au terrain religieux. Il n’y a rien dans lequel un homme est plus fanatique que dans sa religion. Si on le touche en cela, il perd la tête et dépasse la raison. Cela se voit immédiatement après ses paroles. Tous deviennent furieux et crient frénétiquement leur solidarité avec l’Artémis des Éphésiens. La confusion règne dans toute la ville.
Mais la confusion n’est pas si grande, ou leur colère cherche un exutoire dans la traque de ceux qui offensent leur grande Artémis. Il semble qu’ils ne trouvent pas Paul. Ils entraînent donc deux des compagnons de voyage de Paul dans le théâtre, qui sert aussi à tenir une assemblée publique.
Paul veut se présenter devant le peuple pour le bien de ses amis qui ont été entraînés à cause de lui. Les disciples l’en dissuadent en l’arrêtant. Il n’aurait pas été sage d’agir ainsi. Certains supérieurs d’Asie, amis de Paul, soulignent la justesse de l’action des disciples. Ils envoient un message exhortant Paul à ne pas aller au théâtre. Il faut beaucoup de choses pour arrêter Paul, mais finalement, il n’y va pas.
Le fait que certains supérieurs approuvent aussi Paul montre l’énorme impact que la prédication de Paul a eu sous la bénédiction du Seigneur. On ne sait pas si ces supérieurs sont des croyants. En tout cas, ils sont de son côté.
Dans la confusion générale, la plupart ne savent même pas de quoi il s’agit, mais se laissent emporter par l’ambiance générale. Lorsqu’une personne se trouve dans une foule, le risque est grand de perdre sa personnalité et, avec elle, la capacité d’arriver à une évaluation personnelle de la situation.
33 - 40 La fureur populaire apaisée
33 On tira de la foule Alexandre, que les Juifs poussaient en avant ; et Alexandre faisait signe de la main qu’il voulait s’expliquer devant le peuple. 34 Mais quand ils s’aperçurent qu’il était Juif, tous crièrent d’une seule voix, durant près de deux heures : Grande est l’Artémis des Éphésiens ! 35 Le secrétaire [de la ville] apaisa la foule et dit : Éphésiens, quel est donc l’homme qui ignore que la ville des Éphésiens est consacrée à la garde du temple de la grande Artémis et à la [statue] tombée du ciel ? 36 Ces faits étant incontestables, il convient que vous vous teniez tranquilles et que vous ne fassiez rien précipitamment ; 37 car vous avez amené ces hommes, qui ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de votre déesse. 38 Si donc Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont un grief contre quelqu’un, les tribunaux sont ouverts et il y a des magistrats ; qu’ils portent plainte. 39 Et si vous avez une réclamation à faire sur d’autres sujets, on en décidera dans l’assemblée légale ; 40 car nous risquons d’être accusés d’émeute pour ce qui s’est passé aujourd’hui, puisqu’il n’y a pas de motif que nous puissions alléguer pour rendre compte de cet attroupement. Cela dit, il congédia l’assemblée.
Après Paul avec les disciples, puis les païens, une troisième catégorie apparaît : les Juifs. Ils poussent Alexandre en avant. Il y a tout lieu de penser qu’il s’agit d’Alexandre, l’ouvrier en cuivre, au sujet duquel Paul avertit Timothée que cet homme s’est fortement opposé à lui (2Tim 4:14-15). Timothée se trouve alors à Éphèse et l’aura connu.
Alexandre le Juif veut se défendre, mais contre quoi ? Il est évident que les Juifs craignent de devenir eux aussi la cible de la haine des païens. Il est donc opportun de préciser qu’ils n’ont rien à voir avec les chrétiens. Une fois qu’il aurait la parole, après sa défense, il pourrait alors diriger ses flèches vers les chrétiens pour les mettre sous un mauvais jour, afin que la fureur populaire se concentre avec encore plus d’insistance sur eux.
Mais la tension est montée si haut qu’Alexandre n’a aucune chance de se défendre au nom des Juifs. Quoi qu’il ait pu vouloir dire, lorsque la foule remarque qu’il est Juif, elle éclate en cris extatiques qu’elle entretient pendant pas moins de deux heures. Ils sont contre les chrétiens, mais aussi contre les Juifs, car eux aussi n’admettent pas qu’il y ait d’autres dieux que le Dieu unique. Sans Dieu, il est impossible de résister au diable, comme l’ont tenté en vain les exorcistes juifs (versets 13-16). Il est tout aussi impossible de défendre la vérité du Dieu unique sans Dieu, comme les Juifs cherchent ici à le faire.
Le seul qui parvient à calmer la foule est le secrétaire de la ville. Il est l’un des leurs. Sa tactique est astucieuse, rusée. Il part de ce qui est pour eux une certitude absolue, de quelque chose reconnu par tous sans contradiction. Quelques Juifs et chrétiens ne le sachent pas ou même le contestent ne devrait pas avoir d’importance, n’est-ce pas ? Ils n’ont tout de même pas à s’en faire, n’est-ce pas ?
Après leur avoir présenté ses affirmations, il les exhorte à garder leur calme et à ne pas se laisser entraîner par leurs sentiments. Il désigne ensuite les disciples qu’ils ont amenés avec eux. Bien au fait des activités des chrétiens, il sait qu’ils ne sont pas iconoclastes et qu’ils ne fulminent pas non plus contre leur déesse dans leurs prédications. Paul et ses disciples annoncent la Parole sans critiquer la religion que pratiquent les Éphésiens. D’ailleurs, il faut noter que plusieurs fois dans les Actes, les autorités païennes témoignent de l’innocence des chrétiens.
Quant à Démétrius et aux artisans, ils peuvent porter leur affaire devant les juges à des jours fixes. Là, ils peuvent intenter un procès à leur adversaire, qui aura alors la possibilité de se défendre. S’ils ont d’autres affaires, la procédure judiciaire stipule qu’elles seront tranchées lors d’une assemblée légale.
Le mot pour « assemblée » est à l’origine ‘ecclesia’. Ce mot est aussi utilisé pour l’assemblée d’Israël et pour l’assemblée des chrétiens. Le mot existait déjà. Ils sont choisis et proviennent de la ville d’Éphèse ; ils se réunissent dans l’assemblée de la ville pour discuter des intérêts de la ville.
Ce mot ‘ecclesia’ est important en rapport avec l’église du Seigneur Jésus. Le Seigneur Jésus parle de ‘mon’ ecclesia pour la première fois dans Matthieu 16. Il y parle de l’assemblée ou de l’église qu’Il bâtira (Mt 16:18a). Les païens ont leur ecclesia (ici), Israël a son ecclesia (Act 7:38) et maintenant le Seigneur Jésus a aussi son ecclesia.
Mais quelle différence entre son ecclesia et les deux autres ! Si quelqu’un meurt alors qu’il appartient à l’ecclesia des païens ou à l’ecclesia d’Israël, il cesse d’appartenir à cette ecclesia. En revanche, celui qui appartient à l’ecclesia du Seigneur Jésus en fait toujours partie pour l’éternité, même s’il est mort. Car cette ecclesia ne peut être vaincue par les portes de l’hadès (Mt 16:18b).
Le dernier argument utilisé par le secrétaire de la ville pour calmer les esprits échauffés est l’absence de tout fondement juridique à cette émeute. Une fois que le scribe de la ville a calmé la foule en faisant appel à sa raison, il congédie l’assemblée. Cela signifie que la foule se disperse et que les gens retournent chez eux ou au travail.