1 - 8 La transfiguration sur la montagne
1 Il leur dit encore : En vérité, je vous dis que, de ceux qui sont ici présents, il y en a quelques-uns qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu venu avec puissance. 2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les mène seuls à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux ; 3 ses vêtements devinrent brillants, d’une extrême blancheur, tels qu’aucun foulon sur terre ne peut ainsi blanchir. 4 Élie leur apparut avec Moïse, et ils parlaient avec Jésus. 5 Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. 6 Car il ne savait que dire ; en effet, ils étaient épouvantés. 7 Il vint alors une nuée qui les couvrit, et il vint de la nuée une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. 8 Aussitôt, ayant regardé de tous côtés, ils ne virent plus personne, sinon Jésus seul avec eux.
Après avoir évoqué « la gloire de son Père » dans le verset précédent, le Seigneur Jésus parle maintenant de l’arrivée de cette gloire. C’est à cela qu’Il fait référence lorsqu’Il mentionne la venue du royaume de Dieu avec puissance. Sa majesté sera alors visible et reconnue sur toute la terre. Certains de ses disciples n’auront pas à attendre la mort pour en faire l’expérience lors de la résurrection ; ils peuvent déjà en avoir un avant-goût dans la scène suivante. En guise d’encouragement, ils sont élevés un instant au-dessus de la souffrance et de la croix (Mc 8:31-38) pour entrer dans la gloire. Pierre en parle dans sa seconde lettre comme d’une scène manifestant la puissance et la majesté du Seigneur Jésus (2Pie 1:16).
C’est un encouragement pour les serviteurs, car ils ont la possibilité de voir la récompense qui les attend après le service. L’accent est mis sur la venue du royaume en puissance. La force est ce dont les serviteurs ont besoin, et elle se trouve dans la dépendance à l’égard de Dieu. Si nous oublions que nous dépendons de Dieu, nous devenons impuissants.
Marc parle de « six jours après » parce qu’il présente Christ comme le véritable serviteur. Le chiffre « six » évoque la période de travail de l’homme qui précède le repos. Ainsi, Dieu a travaillé six jours avant de se reposer de ses œuvres le septième jour (Gen 1:31 ; 2:1-2).
Le Seigneur « prend » trois disciples sur une haute montagne. Il est le Seigneur. Pour partager la gloire du royaume, Il doit nous y conduire et nous devons être « seuls à l’écart » avec Lui. De plus, la révélation de cette gloire est encore de nature céleste. C’est pourquoi Il emmène ses disciples « sur une haute montagne », dans les hauteurs, loin des choses terrestres. Il emmène précisément ces trois disciples en raison du service qu’ils accompliront plus tard, pour confirmer et fortifier leur foi dans ce but. Ils seront des colonnes dans le royaume (Gal 2:9).
Le Seigneur est transfiguré devant eux. Ils voient celui qui n’avait « ni forme, ni éclat » (Ésa 53:2) dans une gloire extérieure, comme Il l’aura dans le royaume de paix. Dans l’Évangile selon Matthieu, Il brille comme le soleil (Mt 17:2), ce qui correspond à l’Évangile qui Le présente comme le Roi. Ici, nous avons le serviteur dans une pureté parfaite. Ses vêtements, qui deviennent « brillants, d’une extrême blancheur », témoignent de sa révélation extérieure, de son service et du témoignage qu’Il rend dans le monde.
Dans cet Évangile, la description de la blancheur de ses vêtements est plus détaillée et donc plus emphatique, car Marc Le présente comme le serviteur parfait. Avec Lui, il n’y a aucune souillure, même pour quelqu’un qui, comme un foulon, a l’œil le plus aiguisé pour la pureté. C’est une pureté que le plus habile des purificateurs terrestres ne peut atteindre. C’est la pureté du ciel.
Les gens pouvaient cracher sur le Seigneur Jésus lorsqu’Il était dans la chair et tacher ses vêtements avec le sang qu’ils avaient fait couler par les fouets. Lorsqu’Il régnera, cela sera impossible, et une blancheur sans tache sera la marque de son règne, une marque qu’aucun dominateur avant Lui n’a eue. C’est le gouvernement du ciel. La transfiguration sur la montagne est une prophétie. Christ sera le centre éclatant de la gloire du royaume de paix, tout comme Il l’est ici. Les saints seront alors avec Lui dans des conditions célestes, comme Moïse et Élie.
Dans cette gloire, Élie apparaît avec Moïse, non pas au Seigneur Jésus, mais aux trois disciples. Devant le Seigneur, ils sont toujours présents. Ensemble, Élie et Moïse sont une image de tous les croyants qui régneront avec Christ. En Élie, nous voyons une image des croyants qui iront au ciel sans mourir, puis régneront avec Christ (2Roi 2:1,11). En Moïse, nous voyons une image des croyants qui sont morts et ont été ensevelis, qui ressusciteront et iront au ciel, puis régneront avec Christ (Deu 34:5-6). Moïse est aussi le législateur, et Élie le restaurateur de la loi. Tous deux ont placé le peuple sur le fondement de la loi comme seul fondement juste devant Dieu.
Ils Lui ont parlé en toute confidentialité. Marc mentionne Élie en premier, car il a manifesté un pouvoir spirituel, un pouvoir qui sera aussi manifesté dans l’avenir (Apo 11:5). C’est également lui qui rétablira le lien entre les pères et les enfants (Mal 3:23-24), dont nous voyons une image dans l’histoire suivante (versets 14-29). À cet égard, Élie est ici l’encouragement particulier pour le serviteur qui a besoin de cette force pour son service dans le temps présent.
Pierre est impressionné par ce qu’il voit. Il veut retenir cette scène. Il propose donc de faire trois tentes pour les trois personnes qu’il admire profondément. Il commet l’erreur de penser que cette scène peut être permanente et maintenue dans des tentes. À la vue de la gloire qui lui est révélée, il oublie que la croix est encore à venir, car sans la croix, cette gloire ne pourra jamais devenir une réalité. Pierre commet aussi l’erreur de penser que le Seigneur Jésus est le premier parmi les plus grands.
Lui et les autres ne savent pas ce qu’ils voient ni comment y faire face. En plus de l’admiration, il y a aussi la peur. Face à la pureté immaculée du ciel, le péché de l’homme se détache nettement.
Pierre peut, impressionné par ce qu’il voit, mettre le Seigneur sur le même plan que les grands hommes de l’Ancien Testament, mais le ciel ne partage pas cette impression. Au contraire, le ciel déclare l’exaltation exceptionnelle de Christ au-dessus de ces grands hommes. Cette déclaration est faite à la fois par un signe visible, une nuée, et par une voix audible. La nuée qui les recouvre représente la sainte habitation de Dieu, qui se trouvait aussi au-dessus du tabernacle. Pierre et les autres disciples ne peuvent pas faire de tentes, mais ils sont autorisés à faire l’expérience de quelque chose de bien plus grand. Ils ont la possibilité d’entrer dans l’habitation de Dieu lui-même.
La voix qui retentit est celle du Père, qui déclare que le Seigneur Jésus est son Fils bien-aimé. Il est le seul à être écouté. Tout ce que Moïse et Élie ont dit est la vérité, c’est la parole de Dieu. C’est par eux que nous apprenons les pensées de Dieu. Mais ils rendent témoignage à son sujet et non pas ensemble avec Lui. Tout ce qu’ils ont dit se rapporte à Lui et non à eux-mêmes. Moïse et Élie ne sont utilisés que comme sa voix. Le christianisme, c’est : « Écoutez-le. » Celui qui ne L’écoute pas est perdu.
Après ce témoignage impressionnant, ils ne voient plus personne avec eux que Jésus seul. À la lumière de l’Évangile selon Marc, rien d’autre n’est important dans le service que nous pouvons Lui rendre que de Le voir comme le véritable serviteur. « Avec eux » est une expression utilisée uniquement dans cet Évangile. Celui que nous venons de voir avec puissance est avec les siens, avec nous.
9 - 13 Il faut qu’Élie vienne d’abord
9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna expressément de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, sinon quand le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. 10 Ils gardèrent cette parole, se demandant entre eux ce que c’était que ressusciter d’entre les morts. 11 Ils l’interrogèrent : Pourquoi les scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne d’abord ? 12 Il leur répondit : Il est vrai, Élie vient d’abord et rétablit toutes choses. Pourquoi alors est-il écrit que le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup et être chargé de mépris ? 13 Mais je vous dis qu’Élie est venu, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme il est écrit de lui.
Le séjour sur la montagne a une fin. Le moment arrive où les disciples doivent redescendre avec le Seigneur. Il en est souvent ainsi dans la vie du croyant. Après des instants particuliers de communion avec Christ, où l’on se sent élevé au-dessus de la terre et où tout semble oublié un instant, vient le temps où la vie quotidienne réclame à nouveau notre attention.
Le Seigneur dit à ses disciples qu’ils ne doivent pas témoigner de ce qu’ils ont vu avant qu’Il ne soit ressuscité. Ils ne l’ont pas compris avant sa résurrection, lorsqu’ils ont reçu le Saint Esprit (Jn 16:12-15 ; 2Pie 1:16-18). Maintenant, ils gardent la parole qu’Il a dite au sujet de sa mort et de sa résurrection parce qu’ils ne la comprennent pas. C’est une bonne chose. Nous devrions garder toutes les paroles du Seigneur Jésus, même celles que nous ne comprenons pas. Ils en parlent entre eux, ce qui est aussi un exemple pour nous. Il est bon de discuter ensemble de ce que Christ a dit.
Ils ne Lui demandent pas d’expliquer ce qu’Il a dit sur le fait de « ressusciter d’entre les morts ». Leur préoccupation les conduit à la question sur la venue d’Élie, dont ils ont entendu parler par les scribes. Ils savent que la venue de Christ en puissance, dont ils viennent d’avoir un avant-goût sur la montagne, sera précédée par celle d’Élie. Ils connaissent le Seigneur Jésus et L’ont accepté comme le Messie. Ils viennent aussi de voir Élie et connaissent la prophétie de Malachie à son sujet. En même temps, leur question montre clairement qu’ils n’incluent pas le rejet et la mort de Christ dans leur réflexion sur sa venue en puissance. D’ailleurs, dans sa réponse, il fait le lien avec cela.
Il dit aux disciples que les scribes ont raison d’affirmer qu’Élie vient d’abord et rétablit tout. Ils le savent grâce à Malachie 3 (Mal 3:23-24). Cela ne signifie pas qu’Élie viendra en personne, mais que quelqu’un viendra avec les caractéristiques typiques de son ministère. Malachie parle de la relation entre les pères et les enfants. Comme cela a été noté, nous en voyons un exemple dans l’histoire suivante. Le Seigneur Jésus ajoute qu’il y a encore d’autres choses écrites qui doivent aussi s’accomplir, concernant sa souffrance et son rejet, le fait qu’Il sera traité avec mépris. Ils devraient le savoir aussi, n’est-ce pas ? Les scribes ne veulent pas en parler, et les disciples non plus, mais Il fait comprendre qu’Il n’y a pas d’autre chemin.
Il ajoute qu’Élie est déjà venu, c’est-à-dire quelqu’un qui a l’esprit et la puissance d’Élie. Il s’agit de Jean le baptiseur (Mt 11:13-14 ; Lc 1:17). Mais les chefs religieux n’ont pas écouté Jean. Lorsqu’il a été capturé, ils n’ont pas cherché à le libérer. Ils n’ont pas pleuré sa mort. Eux et le peuple rejetteront aussi Celui dont Jean était le précurseur. Cela signifie qu’Élie viendra encore une fois. Nous voyons cela lors de la seconde venue du Seigneur Jésus. Parmi les deux témoins mentionnés en Apocalypse 11, nous reconnaissons quelqu’un qui agit dans l’esprit et la puissance d’Élie (Apo 11:5 ; cf. 2Roi 1:10).
14 - 20 L’impuissance des disciples
14 Rejoignant les disciples, ils virent autour d’eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux. 15 Aussitôt toute la foule, quand elle le vit, fut stupéfaite ; on accourut pour le saluer. 16 Il les interrogea : De quoi discutez-vous avec eux ? 17 Quelqu’un de la foule lui répondit : Maître, je t’ai amené mon fils qui a un esprit muet ; partout où il le saisit, 18 il l’agite violemment ; l’enfant écume, grince des dents et devient tout raide ; j’ai dit à tes disciples de chasser cet esprit, mais ils n’ont pas pu. 19 Il leur répondit : Ô génération incrédule, jusqu’à quand serai-je avec vous ? jusqu’à quand vous supporterai-je ? 20 Amenez-le moi. Ils le lui amenèrent ; et quand il vit Jésus, aussitôt l’esprit secoua violemment [l’enfant] ; et celui-ci, étant tombé par terre, se roulait en écumant.
Le Seigneur et ses trois disciples entrent à nouveau en contact direct, au pied de la montagne, avec la puissance de Satan, qui se manifeste dans les circonstances terrestres. Arrivés au pied de la montagne, ils voient les disciples restés là, entourés d’une grande foule. Des scribes sont également présents et discutent avec eux.
Lorsque toute la foule Le voit, son apparence les impressionne. Il est possible que l’éclat de la gloire sur la montagne soit encore visible sur Lui. Ils quittent la compagnie qui débat et se dirigent vers Lui pour Le saluer. Ils sentent qu’Il est le Seigneur de la situation.
Le Seigneur s’enquiert du sujet de cette dispute. La réponse vient de la foule, d’un homme qui Lui a amené son fils parce que celui-ci a un esprit muet. Dans sa détresse, l’homme est venu à Lui pour qu’Il le guérisse (Mal 3:23-24). Cet homme et son fils illustrent à quel point la venue d’Élie est nécessaire pour restaurer une relation père-fils perturbée, afin qu’elle devienne semblable à celle du Fils avec son Père, telle qu’elle a été révélée dans la scène précédente sur la montagne. Entre ce Père et ce Fils, il y a une communion totale, alors qu’ici, elle fait totalement défaut.
La relation entre un père et son fils est l’une des plus belles relations terrestres. Toutes les relations terrestres sont déchirées par le pouvoir de Satan. Seul le Seigneur Jésus peut les restaurer. Pour cela, il veut utiliser des personnes comme Élie, des serviteurs capables de prononcer la parole de Dieu avec puissance.
Le père décrit au Seigneur la gravité de la situation du garçon. Il est venu voir les disciples et leur a demandé de chasser l’esprit muet. Au verset 17, l’homme avait dit qu’il avait amené son fils au Seigneur, et maintenant il dit qu’il a demandé aux disciples de chasser l’esprit. Pour l’homme, les disciples, en tant que disciples de Lui, étaient capables de faire la même chose que Lui. Cependant, ils n’en étaient pas capables, alors qu’il leur avait donné ce pouvoir (Mc 6:7) et qu’ils avaient déjà chassé de nombreux démons. Ici, ils ne peuvent pas le faire, car ils manquent de foi. S’il n’y a pas de confiance, il n’y a pas de pouvoir.
Le Seigneur leur reproche de ne pas avoir guéri le garçon. Il les appelle « génération incrédule », car dans ce cas, ils présentent les mêmes caractéristiques que toute la génération d’Israël. Il pose ensuite deux questions auxquelles Il n’attend pas de réponse. Ce sont des soupirs de son cœur concernant leur incrédulité. Nous connaissons la réponse à ces deux questions : Il est resté avec eux jusqu’à son ascension et Il les a supportés jusqu’en l’an 70, année où les Romains ont détruit Jérusalem et le temple.
Il ne laisse pas le père suppliant sans réponse à sa requête. Il lui ordonne de Lui amener son fils. C’est toujours la grande consolation pour quiconque a un besoin. Le Seigneur dit : « Amenez-le-moi. » Nous pouvons le faire dans la prière.
Son ordre Lui amener le garçon est exécuté. Le démon sait, en Le voyant, qu’il sera immédiatement chassé. Par conséquent, le mauvais esprit fait tout son possible pour endommager le garçon autant que possible avant de devoir le quitter.
21 - 24 Le père
21 Jésus demanda au père de l’enfant : Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? Il dit : Depuis son plus jeune âge ; 22 souvent aussi l’esprit l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le faire périr ; mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, ayant compassion de nous. 23 Jésus lui dit : Le Si tu peux, c’est : Crois ! tout est possible à celui qui croit. 24 Aussitôt le père de l’enfant s’écria avec larmes : Je crois, viens en aide à mon incrédulité.
Avant d’agir, le Seigneur demande au père depuis combien de temps cela arrive à son fils. Il veut que le père précise quand ce comportement a commencé. Il faut rechercher l’origine de la détresse, en découvrir la racine.
Le père sait que son fils est tourmenté par un démon depuis son enfance. Ce n’est que maintenant qu’il en parle au Seigneur. Pendant tout ce temps, il a essayé de faire en sorte que son fils se comporte de manière contrôlée, mais en vain. Les parents qui ne peuvent plus contrôler leurs enfants peuvent se tourner vers le Seigneur. Mais il est important de se demander si la cause de ce comportement indiscipliné ne réside pas dans la façon dont ils se sont occupés de leurs enfants pendant leur enfance. Ils devront réfléchir à ce qu’ils ont laissé entrer dans le foyer, peut-être sans même s’en rendre compte, mais qui a influencé leurs enfants.
Le père raconte ce que le garçon a vécu et ce qu’il a traversé avec lui. Le jeté dans le feu de la tribulation et dans les eaux de la détresse arrivera aussi au reste fidèle d’Israël, et Christ les en délivrera (Ésa 43:2). Le père est à bout et supplie le Seigneur d’intervenir pour son fils. Il lance un appel pressant à sa compassion pour qu’Il vienne en aide à lui et à son fils.
Le Seigneur Jésus répond aux paroles du père : « si tu peux ». Avec cette supposition, le père ne rend pas justice à ses capacités. Il n’est pas entièrement convaincu que le Seigneur soit capable de chasser l’esprit. C’est pourquoi Il répond, avec une certaine indignation : « Si tu peux ? » Il veut dire : ‘Bien sûr que je peux, il n’y a pas lieu d’en douter.’ Le problème vient du père. Si ce dernier peut croire, alors il est possible pour Lui de guérir son fils. Le Seigneur dit en quelque sorte : ‘Le ‘si’ n’est pas de mon côté, mais du tien. La question n’est pas de savoir si je peux le faire, mais si tu peux croire.’ Les changements dans notre famille et dans l’église locale, en tant que famille de Dieu, dépendent de notre foi.
Ensuite, le père prononce les mots déjà exprimés par d’innombrables croyants pour manifester leur désir de croire et la difficulté qu’ils éprouvent à le faire réellement. De nombreux croyants ont été confrontés à de graves problèmes. Ils les ont soumis au Seigneur en croyant qu’Il était capable de les résoudre. En même temps, il subsistait des doutes sur l’étendue de leur foi, sur le fait de savoir s’ils avaient suffisamment de foi. Ainsi, cette parole peut aussi être prononcée en toute confiance, en demandant de l’aide pour croire.
25 - 27 Le garçon guéri
25 Jésus, voyant que la foule accourait, réprimanda sévèrement l’esprit impur : Esprit muet et sourd, c’est moi qui t’en donne l’ordre, sors de lui et n’y rentre plus. 26 Après avoir crié et l’avoir très violemment secoué, il sortit, et [l’enfant] devint comme mort, si bien que tout le monde disait : Il est mort. 27 Mais Jésus, en le prenant par la main, le redressa ; et il se leva.
Aussi faible que soit la foi, elle n’est jamais laissée sans réponse. Lorsque le Seigneur voit la foule s’approcher, Il sait qu’il est temps d’agir. En délivrant le garçon lié, Il ne cherche pas à susciter l’admiration de la foule. D’une manière puissante et définitive, Il le délivre de l’esprit impur.
Alors que l’esprit provoque les dernières agonies chez le garçon, il obéit au commandement du Seigneur et sort du garçon. Nous voyons à quel point le démon a fait du tort au garçon, car il devient comme une personne morte. Les spectateurs pensent qu’il est mort. Le Seigneur semble alors être le perdant, mais c’est Lui qui est le vainqueur. Il le prouve un peu plus tard.
L’esprit ne peut plus s’accrocher à sa proie. De sa main puissante, le Seigneur prend le garçon par la main et le redresse. Par sa puissance, il se lève. Christ délivre, donne la force de se tenir debout et d’aller de l’avant. Il rend en quelque sorte le fils à son père d’entre les morts. Ainsi, il ressuscite aussi nos enfants spirituellement morts.
28 - 29 La cause de l’échec
28 Lorsque [Jésus] fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en privé : Pourquoi n’avons-nous pas pu le chasser ? 29 Il leur dit : Cette sorte [d’esprit impur] ne peut sortir que par la prière et par le jeûne.
Lorsque le Seigneur est entré dans la maison, où la foule ne peut pas Le suivre, et que Lui et ses disciples sont de nouveau entre eux, ils viennent demander pourquoi ils n’ont pas pu chasser l’esprit mauvais. Il est toujours bon de demander au Seigneur pourquoi certaines choses ne nous réussissent pas. À maintes reprises dans cet Évangile, nous constatons que la maison est l’atmosphère dans laquelle le Seigneur fait des communications confidentielles à ses disciples, ou dans laquelle ils Lui posent des questions. Dans la maison, la foule n’écoute pas.
Dans la prière, nous reconnaissons notre impuissance totale et le fait que nous dépendons entièrement de Dieu. Le monde a des choses agréables et bonnes que nous pouvons utiliser. Le jeûne est le renoncement temporaire et conscient à ces choses qui ne sont pas mauvaises en soi, afin que le cœur et le temps soient entièrement consacrés à une cause particulière pour le Seigneur. La force spirituelle disparaît complètement lorsque la vie est accaparée par les choses terrestres. Le royaume de Dieu ne remplace le royaume de Satan que par la foi, la prière et le jeûne.
30 - 32 Deuxième annonce de la souffrance
30 Partis de là, ils traversèrent la Galilée ; mais il ne voulait pas qu’on le sache, 31 car il enseignait ainsi ses disciples : Le Fils de l’homme est livré entre les mains des hommes, et ils le feront mourir ; après avoir été mis à mort, il ressuscitera le troisième jour. 32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et craignaient de l’interroger.
Après cet événement, ils poursuivent leur voyage à travers la Galilée. Comme nous l’avons vu précédemment, nous constatons ici aussi que dans son œuvre, le Seigneur ne cherche pas à attirer l’attention sur Lui. C’est pourquoi sa venue ne doit pas être annoncée. La venue d’un serviteur n’est pas une affaire à mettre en avant.
Au lieu d’attirer l’attention sur Lui, le Seigneur enseigne pour la deuxième fois à ses disciples ce qui va Lui arriver. Il sait que son peuple ne l’acceptera pas comme le Messie, mais au contraire Le tuera, après l’avoir livré entre les mains des hommes. Il parle aussi de sa résurrection qui aura lieu trois jours après.
Les attentes des disciples restent centrées sur un Messie régnant. Par conséquent, le sens de ses paroles leur échappe. Ils préfèrent ne pas y penser. Ils craignent d’interroger leur maître à ce sujet, car ils sentent bien que ses paroles sont sérieuses. S’ils L’interrogeaient, ils risqueraient d’être ébranlés dans leurs attentes. Ils craignent, il y a de la distance entre eux et Lui. Cela est aussi dû à leur manque de foi, de prière et de jeûne, car la gloire terrestre est au premier plan de leurs préoccupations. Dans les versets suivants, nous voyons que cela les préoccupe.
33 - 37 Qui est le plus grand ?
33 Il vint à Capernaüm. Quand il fut dans la maison, il leur demanda : De quoi discutiez-vous en chemin ? 34 Mais ils gardaient le silence, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui serait le plus grand. 35 Après s’être assis, il appela les douze et leur dit : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. 36 Il prit alors un petit enfant, le plaça au milieu d’eux ; et l’ayant serré dans ses bras, il leur dit : 37 Celui qui recevra en mon nom un petit enfant comme celui-là, me reçoit ; et celui qui me recevra, ce n’est pas moi qu’il reçoit, mais celui qui m’a envoyé.
Lorsque le Seigneur et ses disciples arrivèrent à Capernaüm, ils entrèrent dans la maison. C’est maintenant à Lui de poser une question (cf. verset 28). Il demande à ses disciples quel était le sujet de leur conversation pendant qu’ils étaient en chemin. Il nous pose aussi la question sur les sujets de nos conversations. Ceux-ci peuvent être très différents, mais ont-ils Lui pour contenu ou portent-ils sur notre propre importance ?
Les disciples se sont tus parce que leur conscience parlait. En chemin, des pensées orgueilleuses avaient rempli leur cœur alors qu’ils pensaient à Lui. C’est là que réside la cause de leur manque de compréhension de ce qu’Il a dit au sujet de sa souffrance et de sa mort. Si nous nous laissons conduire par la chair et ses convoitises, même lorsque nous pensons à Lui, à ce que nous faisons tous pour Lui et à ce que sera notre récompense, toute l’étendue des pensées de Dieu nous reste cachée.
Les disciples cherchaient leur propre gloire dans le royaume. Cela leur a rendu incompréhensible la croix, le véritable chemin vers la gloire. Ne pensant qu’à leur propre importance, il n’est pas étonnant qu’il y ait peu de force en présence de Satan (verset 28) et peu de compréhension en présence du Seigneur (verset 32).
Le Seigneur n’a pas besoin de leur réponse en paroles. Leur silence en dit assez. C’est l’occasion pour Lui d’enseigner davantage ses disciples concernant l’ordre de préséance dans son royaume. Il s’assied pour donner un enseignement complémentaire dans la paix et appelle ses disciples à Lui. Chacun d’entre eux veut-il tellement être le plus grand ? Alors Il va leur enseigner comment chacun peut le devenir. Il leur fait comprendre que le seul moyen d’atteindre la vraie grandeur est d’être le dernier et le serviteur de tous. Il a pris cette place. Nous pouvons toujours vouloir être des serviteurs, mais sommes-nous prêts à être le serviteur de tous et à prendre la dernière place ? Il l’est d’une manière parfaite et nous ne pouvons l’apprendre que de Lui. Pour cela, nous devons être humbles.
Le Seigneur rend son enseignement vivant en prenant un enfant et en le plaçant au milieu d’eux. Un petit enfant se trouve au milieu de grands hommes. Pour Lui, cet enfant a une grande signification. Il prend un tel enfant dans ses bras et l’élève. Son cœur va vers lui. Il le porte à son cœur. Alors qu’Il a désigné l’enfant et se tient maintenant avec lui dans ses bras, Il donne à ses disciples la leçon correspondante. Les enfants n’ont pas l’idée de prendre la première place parmi les croyants.
Le fait qu’Il prenne l’enfant dans ses bras signifie qu’Il l’entoure de son amour. C’est ce qui caractérise le véritable serviteur : il fait sentir aux autres qu’ils viennent dans les bras, c’est-à-dire dans la sphère d’amour, du Seigneur Jésus. Nous voyons aussi le serviteur dans l’enfant sans prétention qui est accepté par les autres en raison de son ouverture d’esprit. Le serviteur vit dans la conscience qu’il est dans les bras et au cœur du Seigneur Jésus et il en rayonnera.
Il s’agit de recevoir de tels enfants, insignifiants pour le monde, en son nom. Le nom de Christ est la pierre de touche. Les enfants peuvent n’avoir aucune valeur pour le monde qui mise sur la réussite et le fait de faire ses preuves, mais pour le disciple, ces enfants non appréciés, à la suite de Christ, devraient être les objets mêmes de son service.
Celui qui voit donc quelle place un enfant, qui ne compte pas, a pour le cœur de Christ, et qui reçoit un tel enfant pour cette raison, reçoit en réalité Christ. Cela va même plus loin, car quiconque reçoit Christ reçoit son expéditeur, Dieu le Père. Si grande est la bénédiction d’être le serviteur de tous.
38 - 41 Qui n’est pas contre nous ...
38 Jean lui répondit : Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait des démons en ton nom et qui ne nous suit pas ; nous le lui avons défendu, parce qu’il ne nous suit pas. 39 Jésus leur dit : Ne le lui défendez pas ; car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et qui puisse, aussitôt après, mal parler de moi ; 40 en effet, celui qui n’est pas contre nous est pour nous. 41 Car celui qui vous donnera à boire un verre d’eau en [mon] nom parce que vous êtes de Christ, en vérité, je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense.
À quel point la leçon des versets précédents est difficile à apprendre, c’est ce que montrent les paroles de Jean. Après la poursuite de son propre intérêt, présentée dans les versets précédents, on voit ici la poursuite de l’intérêt du groupe. Jean estime que le groupe auquel il appartient est supérieur à celui qui n’a pas rejoint la compagnie à laquelle il appartient et qui suit le Seigneur. En dehors de cette compagnie, selon Jean, il ne peut y avoir de bénédiction. Pour vraiment Lui rendre service, pense Jean, l’homme qui chasse les démons doit se joindre à eux.
Jean parle même d’avoir empêché le service de l’homme, « parce qu’il ne nous suit pas ». Il fait de « nous », c’est-à-dire du groupe auquel il appartient, la mesure du service. Il a certainement oublié que l’homme a fait ce que les disciples n’ont pas pu faire à cause de leur incrédulité (verset 18). Un tel esprit de sectarisme régnait aussi au sein du groupe de croyants de Corinthe, qui avaient fait de Christ leur ‘chef de parti’ (1Cor 1:12-13).
La question n’est pas de savoir si quelqu’un se joint aux disciples, mais si quelque chose est fait au nom du Seigneur. Si le Seigneur choisit quelqu’un, c’est le facteur déterminant. Comment Jean en arrive-t-il à une telle évaluation, alors que lui-même et les autres disciples n’étaient tout simplement pas capables de le faire ? La cause en est le manque de connaissance de soi et la présomption d’appartenir au bon groupe. Certains peuvent ne pas suivre le chemin de l’assemblée avec ‘nous’ parce qu’ils trouvent chez nous si peu de ce qu’ils trouvent chez le Seigneur Jésus en termes de service, d’humilité, d’amour, de foi, de prière et de jeûne. À ce sujet, nous devrions être humbles. Nous devrions nous réjouir de chaque service rendu pour Lui et L’en remercier.
Le Seigneur réprimande Jean. Quel que soit ce qui a ému l’homme, le Seigneur met l’accent sur son nom dans sa réponse. Parce que l’homme agit en son nom, il est pour Christ et non contre Lui. Le Seigneur s’identifie à ce que l’homme fait. Cet homme ne cherche pas son propre honneur, mais celui de Christ. Il n’a pas abusé du nom du Seigneur pour se faire un nom et salir le nom du Seigneur, mais il l’a utilisé pour L’honorer en délivrant les gens du pouvoir de Satan.
Ce principe « celui qui n’est pas contre nous est pour nous » est important pour juger tout ce qui est fait pour le Seigneur Jésus. Il lie ses disciples à lui-même dans son service. Et lorsqu’il s’agit de servir pour Lui, ce n’est ni un témoignage contre Lui ni contre ses disciples, mais les disciples et Lui ont affaire à quelqu’un qui coopère vers le même but. Lorsqu’il s’agit de service, le serviteur reconnaît chaque service rendu pour Lui.
Lorsqu’Il dit « celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12:30), cela fait référence à son rejet. Quiconque ne choisit pas de partager avec Lui son rejet choisit en réalité contre Lui. La neutralité est impossible.
Le Seigneur précise que même le plus petit service rendu par quelqu’un à l’un de ses disciples, précisément parce qu’il appartient à Christ, sera récompensé par Lui. Un verre d’eau n’est peut-être pas grand-chose pour celui qui le donne, mais pour ceux qui ont vraiment soif, c’est un grand rafraîchissement. Le Seigneur s’unit tellement à ses disciples qu’Il expérimente ce rafraîchissement à l’un des siens comme s’il l’avait fait à lui-même.
Ses disciples sont les petits, les dépendants. Christ aussi s’est réduit à rien (Php 2:6-7) et était ici en tant qu’Homme dépendant. Celui qui le reconnaît et Le suit est grand pour Lui. D’autres, qui ne font peut-être pas ‘le chemin avec nous’, rafraîchiront ceux qui sont sortis à son service. Ils recevront de Lui leur récompense pour cela.
Donner un verre d’eau ne semble pas grand-chose comparé au fait de chasser les démons. Le Seigneur donne cet exemple à ses disciples parce qu’ils ne considéraient pas l’homme qui chassait les démons comme l’un d’eux. À leurs yeux, cet homme ne pouvait pas faire le bien puisqu’il n’avait pas rejoint leur groupe. Le Seigneur dit maintenant qu’ils doivent apprécier et accepter tout ce qu’ils reçoivent des autres, même s’ils n’appartiennent pas à leur groupe, si cela est fait « parce que vous êtes de Christ ».
Par exemple, un groupe peut être tellement sectaire que seule la lecture d’ouvrages écrits par quelqu’un du groupe est autorisée. On se ferme alors à la lecture d’autres croyants. Le Seigneur dit ici que les croyants peuvent recevoir tout ce qu’ils veulent de la part d’autres croyants qui ont le désir de servir ceux qui sont de Christ, précisément parce que ces autres sont de Christ. Le Seigneur apprécie cela et le récompensera.
42 - 48 Une occasion de chute
42 Et quiconque sera une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui mette au cou une pierre de meule, et qu’il soit jeté à la mer. 43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie, que d’avoir les deux mains et d’aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas, 44 là où leur ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. 45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d’avoir les deux pieds et d’aller dans la géhenne, 46 là où leur ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. 47 Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu avec un seul œil, que d’avoir deux yeux et d’aller dans la géhenne de feu, 48 là où leur ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.
Dans cette section, le Seigneur aborde le contraire de ce qu’Il vient d’exposer. Nous sommes pour nos frères et sœurs soit une source de renouveau, soit une occasion de chute. Pense aux jeunes d’une église qui observent le comportement des anciens : si cela les fait chuter, c’est grave. Au lieu de vouloir être comme un petit enfant (versets 36-37) et ainsi magnifier le Seigneur Jésus, il y a ceux qui veulent tenter ces petits à oublier leur humilité et à se mettre en avant. Quiconque veut amener les disciples du Seigneur à se croire importants, Le déshonorant ainsi, encourt un jugement terrible.
Dans ces versets, il clarifie cela pour ses disciples. Il donne une description saisissante de la perdition éternelle. Dans aucun autre Évangile, cela n’est présenté de façon aussi poignante que dans l’Évangile selon Marc.
L’avertissement concernant ceux qui veulent faire chuter les autres dans leur vie de foi, par l’utilisation du mot « ta », s’adresse désormais au disciple. Chaque disciple doit veiller à ne pas chuter lui-même. Je dois être attentif au fait que ma main peut me faire tomber. Tout ce qui n’est pas fait en dépendance de la direction du Seigneur est une chute.
Tout ce qui n’est pas fait en dépendance de Lui est un péché. Par conséquent, l’inclination vers une mauvaise action doit être condamnée immédiatement, quel qu’en soit le prix. Il vaut mieux ne pas accomplir l’acte convoité et penser qu’en agissant ainsi, je manque quelque chose sur la terre mais entre dans la vie, que de faire quelque chose qui me laissera des remords dans le feu inextinguible pour toute l’éternité.
Le mot grec pour enfer, géhenne, apparaît douze fois dans le Nouveau Testament. La traduction littérale est ‘la vallée de Hinnom’. Cette vallée était à l’origine consacrée à l’idolâtrie de Moloch (2Roi 16:3 ; 2Chr 28:3), où l’on sacrifiait des enfants. Après l’exil, les Juifs ont été tellement dégoûtés par cet endroit qu’ils en ont fait une décharge pour tous les déchets de Jérusalem. Dans cet endroit, juste à l’extérieur de la ville, le feu brûlait constamment et les asticots œuvraient sans cesse. Ce lieu était connu sous le nom de Géhenne.
Ce mot devient, sur les lèvres du Seigneur, l’image terrible et appropriée de la demeure des perdus. L’enfer sera en fait le grand lieu de toutes les immondices pour l’éternité, où tous ceux qui sont incorrigiblement méchants auront été séparés du bien et demeureront à jamais sous le jugement de Dieu. Ce fait terrible vient de la bouche de celui qui aime les pécheurs et pleure sur eux.
Cette section ne traite pas de la possibilité qu’un croyant puisse se perdre. Il est impossible qu’un croyant soit perdu (Jn 10:28-29). Il s’agit de ceux qui ont une confession chrétienne et de la responsabilité qu’une telle confession implique. Le vrai chrétien, le croyant, préférera se couper la main plutôt que de commettre un péché. Le faux chrétien, l’incrédule, est tenté de faire des actes qui le conduiront dans le feu éternel. Le Seigneur s’adresse à toute la société des professeurs de son nom. L’avertissement concerne tous. Paul a pris cet avertissement au sérieux et l’a appliqué à lui-même (1Cor 9:27).
Il s’agit de pièges dans nos vies, de mauvaises actions que nous commettons, de mauvais endroits où nous nous trouvons ou allons, ou de mauvaises choses que nous voyons. Ce sont des choses que nous pouvons éviter en nous jugeant nous-mêmes. Si nous croyons avoir le pouvoir en nous-mêmes de rester à l’abri de cela, nous sommes voués à une chute certaine.
Ce qui est vrai pour la main l’est aussi pour le pied. Non seulement nous devons nous méfier d’un mauvais acte en raison des terribles conséquences qu’il peut avoir, mais nous devons aussi veiller à ne pas poser notre pied sur le chemin du péché. Là encore, nous devons nous juger nous-mêmes si nous avons tendance à nous engager dans une voie où nous savons que le Seigneur ne nous conduit pas. Il s’agit d’entrer dans la vie, là où tout manque est pleinement remboursé et restauré.
Enfin, le Seigneur évoque une troisième partie du corps : l’œil. C’est par l’œil que le péché est entré dans le monde. La convoitise commence par la vue, ce qui conduit à un mauvais chemin (le pied) et à une mauvaise action (la main). L’œil est la partie la plus dangereuse du corps. C’est lui qui conduit le plus rapidement au péché. Par conséquent, nous devons veiller à ce que nous regardons, à ce vers quoi nous tournons notre regard. Toute tendance à fixer quelque chose qui nous conduit au péché doit être radicalement condamnée. L’enjeu est d’entrer dans le royaume de Dieu ou d’être jeté en enfer.
Le Seigneur ne laisse aucun doute sur le fait que le jugement de l’enfer est éternel. À la douleur éternelle s’ajoutera le remords éternel du choix délibérément mauvais qui a été fait : on a choisi de jouir temporairement du péché et de renoncer ainsi à la vie éternelle.
49 - 50 Le feu et le sel
49 Car chacun sera salé de feu ; et tout sacrifice sera salé de sel. 50 Le sel est bon ; mais si le sel devient insipide, avec quoi lui donnerez-vous de la saveur ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix entre vous.
Le feu est le symbole de la justice de Dieu, qui met à l’épreuve et sonde tout, et qui détruit toute semence de mal. Tout le monde doit y faire face. Les fidèles y sont confrontés selon 1 Corinthiens 3 (1Cor 3:13), tandis que le sel préserve tout ce qui est bon. Les impies y font face dans le sens où ils demeurent dans ce jugement (Jn 3:36b) sans être détruits par lui. Il n’y a pas de destruction de l’âme, comme si quelqu’un cessait d’exister.
Le fait d’être « salé de feu » s’applique aux croyants et aux incrédules. Les incrédules sont salés devant le grand trône blanc, c’est-à-dire jugés d’un jugement juste, irrévocable et éternel. Pour les croyants, cela se produit déjà sur terre et bientôt pleinement devant le tribunal du Christ. Pour eux, le sel est la puissance de la grâce qui sanctifie, lie le cœur à Dieu et préserve intérieurement du mal. Lorsque nous avons du sel en nous-mêmes, c’est-à-dire lorsque nous vivons dans le jugement de soi, il devient facile de maintenir la paix entre nous.
Si les chrétiens, ceux qui appartiennent à Christ, ne témoignent pas de cela, il n’y a pas d’espoir pour leur témoignage. Où trouver alors ce qui leur permettrait de rendre à nouveau ce témoignage ? le christianisme est le seul lieu sur terre où l’on trouve ce sel du jugement de soi. S’il disparaît là, il n’est plus possible de le retrouver ailleurs.
La conscience de l’obligation devant Dieu de se séparer du mal, ce jugement de tout le mal du cœur, doit être présente en chacun personnellement. Il ne s’agit pas de juger les autres, mais soi-même. Il s’agit de se placer devant Dieu, ce qui permet de devenir « sel » et d’avoir le sel en soi. Envers les autres, il faut continuer à rechercher la paix.
Les chrétiens doivent rester séparés du mal et proches de Dieu intérieurement. Ils doivent marcher avec Dieu, en paix entre eux. Ce principe, en quelques mots, juge et régit toute la vie chrétienne. Le discernement spirituel et la préservation de la bonté doivent être en nous-mêmes, et il en résulte la paix avec les autres.